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Les Saisons Russes au Théâtre des Champs-Élysées, du 9 au 12 juillet 2013 | RÉSERVER RÉSERVER
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Les Saisons Russes

Théâtre des Champs-Élysées, du 28 juin au 1er juillet 2012

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Diaghilev
Diaghilev Nijinski Nijinki et Pavlova Fokine et Karsavina

LE CHOC DES BALLETS RUSSES DE DIAGHILEV

Il n'y eut pas de Sainte Geneviève pour arrêter la déferlante des Ballets de Diaghilev sur Paris, en 1909: happée par cette première révolution russe, la ville fit allégeance avec ivresse aux "barbares", venus la réveiller à l'orée d'un siècle où s'annonçait dans le flou des consciences une véritable mutation des arts et des modes de vie. En 1902, Debussy avait déjà créé son chef d'œuvre, Pelléas et Mélisande, et Picasso signé l'acte de naissance du cubisme avec les Demoiselles d'Avignon, en 1907.

Cette année 1909, Proust commence à rechercher son "Temps perdu". Diaghilev, lui, n'a pas un instant à perdre: il arrive en conquérant, toujours obsédé de renouvellement, sans doute mu par une angoisse intime, et provoque un choc dont le XXe siècle artistique se nourrira sans fin. D'abord les gens, car sans interprètes il n'y a pas d'art vivant : imaginons une troupe qui offrirait pour la première fois réunis, Callas et Pavarotti, Caballé et Domingo, Vassiliev et Noureev, Guillem et Christoff. Ce fut le cas : car après Chaliapine qui avait déjà stupéfié les spectateurs de l'Opéra dans Boris Godounov, on vit en rafale bondir Nijinski, "victoire de la respiration sur le poids", écrivit Claudel, onduler et pirouetter Karsavina, voler et glisser Pavlova, les plus fameux de ces beaux monstres. Le choc provoqué fut indicible, et les publics européens, conduits par Cocteau, érigé en barde, allaient se rouler aux pieds de Shéhérazade ou de Cléopâtre, se perdre pour la reine Thamar, se laisser fasciner par le Dieu Bleu, troubler par Armide. Un monde doré et souvent cruel, lourd de sensualité, d'érotisme bientôt avec L'après-midi d'un Faune de Nijinski, de bestialité même dans le Sacre en 1913,un monde secoué de violences rythmiques, ou dessiné par d'ensorcelantes courbes mélodiques.

Diaghilev, d'emblée, joua la carte russe, qui réveillait des douceurs un peu molles d'un art chorégraphique en plein questionnement en France, où le dernier grand ballet Namouna, datait de 1882. De son coffre de magicien, il tirait Rimski-Korsakov, Balakirev, Borodine, Stravinski, Tcherepnine. Plus tard, les "barbares" évolueraient au contact d'un Ravel, d'un Debussy, d'un Satie, d'un Poulenc, d'un Auric, d'un Falla. On leur en voudrait parfois d'avoir laissé leurs parures fastueuses au profit de ramages plus acides, notamment avec Parade, pour lequel, en 1917, Apollinaire inaugura le terme "surréaliste". Mais personne ne se remit de la secousse donnée sur les bords de la Seine à l'art chorégraphique, et aux arts tout court. Diaghilev, insatisfait, cruel et écorché vif, sut brasser le meilleur et le plus fort de ce qui allait éclore et faire le XXe siècle, convoquer Derain, Picasso, Braque, Rouault, Matisse pour créer sinon le spectacle total, du moins le spectacle multiple et effervescent. Certes, aujourd'hui, les souvenirs de ces pas fulgurants se sont pour la plupart éteints dans l'authenticité de leur graphisme, à l'exception de pièces conservées dès l'époque ou remontées parfois hasardeusement. L'épopée des Ballets Russes, mille fois peinte et dépeinte resta comme la trace d'un feu d'artifice, enrichie constamment par les souvenirs des interprètes et du public le plus éclairé d'Europe. Mais la compagnie s'éteignit vite, et en Russie, avec laquelle elle avait rompu, ses ballets furent ignorés, la danse s'y figeant en une sublime sanctification de l'art de Petipa, gardé précieusement par ses vestales en une prison dorée.

LES SAISONS RUSSES DU XXIème SIECLE
Aujourd'hui, la prison est ouverte, Fokine, Massine peuvent à nouveau briller, et les artistes russes d'aujourd'hui, qui ne prétendent pas à l'archéologie, rêvent de réveiller l'étincelle de ce qui naquit de leur creuset de passions bouillonnantes et de talents fulgurants. C'est donc à une nouvelle naissance qu'on assistera aujourd'hui, menée par l'élan d'Andris Liepa et Andrei Petrov avec l'équipe qu'ils ont su réunir, libres autant que respectueux, dans l'opulence retrouvée des éclaboussantes maquettes, des costumes inouïs signés Bilibine, Larionov, Benois et Bakst bien sur, le plus grisant de tous. Car pour rappeler une fois encore le mot d'Oscar Wilde, "en art, ce n'est pas la vérité qui compte c'est le style".

Jacqueline Thuilleux

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